La Foi mise en scène

Dix ans de travail, 15 lieux d'accueil poten-tiels visités, une cinquantaine de bénévoles, pour un projet osé : réussir à intéresser le grand public à son histoire religieuse. C'est le pari de l'association mouvalloise « la Cité de l'évangile », qui a monté cette pharaonique exposition appelée à durer trois ans. Credo : mettre le flash sur un personnage, dans une civilisation, qui a entendu un appel de Dieu. Pour montrer, en tout oecuménisme, l'actualité du message. « Nous avons choisi des croyants qui se mettent en route Abraham à pied, Saint-Paul en bateau, Thérèse d'Avila dans sa charrette, et Martin Luther King avec ses manifestations », analyse le père Gonzague Cuvelier, concepteur de l'exposition, « Les fils d'Abraham ». Après un long chemin de croix pour trouver un local, les héros mythiques de la spiritualité ont finalement posé leur bible dans une église du XVIIe siècle, à deux pas de la porte de Gand. L'église Sainte Marie-Madeleine, toujours dévolue au culte, a été amputée de la moitié de sa surface. De petites chapelles en plâtre scandent l'itiné-raire de l'exposition, étonnante de diversité. On entre dans la culture reli-gieuse par un savant mélange d'histoire et de parabole. Avec un présupposé «Nous avons utilisé la photo au maximum, pour ancrer le récit dans la réalité », scande le père Cuvelier. Des clichés du pays de Saddam Hussein, d¹Hébron, rythment les pas d'Abraham. C'est Gilgamesh, deux tiers divinité, un tiers homme, héros légendaire de la Mésopotamie, qui joue les Cerbère du temple. Figure géante de plâtre armé, Gilgamesh est une authentique reproduction du musée du Louvre. Une oeuvre pleine de poésie, réalisée par un professeur de dessin des Flandres, membre de l'association. Le voyage aux racines littéraires de la Bible puise dans les mythes juifs et babyloniens, chez les divinités protectrices et les génies. Détour par les vases de libations, copies du British Museum, des « travaux d'amateurs compétents », selon le père Cuvelier. En tout, une douzaine d'artistes, plasticiens, peintres, costumiers, de la région, ont donné vie à l'exposition. La fête des tentes, oubliée Nos pas se perdent sous une magnifique tente de bédouins (en provenance directe du Maroc), qui trouve toute sa place dans l'église. Une nomade, richement parée, lance un petit film de 10 mn sur l'histoire d'Abraham. Avant de guider le visiteur vers Jacob, Myriam, Déborah et Simon. Une famille juive qui vivait avant Jésus. Et qu'on suit en sept saynètes, maquettes affolantes de précision, vers leur pèlerinage à Jérusalem, pour la fête des tentes. « Elle a disparu du christianisme, pourtant elle est très symbolique : les juifs vivaient quelques jours sous des tentes de branchages. Une fête du nomadisme pour se rappeler l¹exode à la sortie d¹Egypte. Comme si vous y étiez On prend place ensuite dans la carriole, aux côtés de Thérèse d'Avila. On s'intéresse à son XVIe siè-cle, à l'Inquisition, aux grandes figues de son époque richement costumées. Puis on entre dans son château, métaphore la sainte pour l'âme, se laisser bercer par les poèmes de Saint-Jean de la Croix mis en musique. Avant d'écouter les sermons de Martir Luther King en prenant place sur la chaire du prédicateur reproduite à l'identique, on le voit en personne sur une télé des années 1960... Pas d'approximation : une équipe de protestants de Roubaix est allée chercher la documentation à la source, à Atlanta. C'est un peu le catéchisme au parc de loisirs. Toute la visite est rythmée par des bornes interactives, des maquettes, des cédéroms et des films. Tout cela sans messianisme mais toujours avec une grande rigueur historique. Le pèlerin pourrait bientôt élire domicile dans la cour de ce petit musée de l¹aventure biblique, unique en France.

Marie Vandekerkhove.

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